STEVE BEKO : « Il est temps que le Président Laurent Gbagbo… »

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STEVE BEKO : « Il est temps que le Président Laurent Gbagbo… »

De retour au pays après 10 années d’exil, Lago Fabrice alias Steve Beko, l’un des visages phares de la résistance au niveau de la diaspora s’est prêté à nos questions. Dans cet entretien, l’homme qui dit être en mission ponctuelle, pour le compte du Président de son parti Stéphane Kipré, a décrypté l’actualité politique…

Cela fait une semaine que vous êtes à Abidjan après 10 ans d’exil. Est-ce un retour définitif en Côte d’Ivoire ?

Je suis dans la dynamique d’un retour définitif. La raison de ma présence en terre ivoirienne répond à une mission ponctuelle. Mais l’objectif est de rentrer définitivement. Parce que nous avons dit – moi y compris -, que notre objectif est de rentrer dans notre pays. Afin de participer à sa construction, à l’animation de la vie politique ivoirienne.

Peut-on en savoir plus sur la mission ponctuelle, que vous effectuez ?

Il s’agit de préparer l’arrivée de mon chef qui est le président Stéphane Kipré. Qui entend rentrer en Côte d’ivoire. Donc je suis là, depuis près d’une semaine, pour prendre la disposition relative à son retour, en Côte d’ivoire.

Comment se passe pendant votre séjour ?

Il faut dire qu’on n’a pas véritablement assez de temps, pour nous. Entre les visites à la famille, à des amis, des rendez-vous avec le milieu politique, il faut trouver la juste mesure. Les rendez-vous se sont enchaînés, pour l’accomplissement de notre feuille de route. On n’a pas assez de temps car il s’agit de parer au plus pressé afin que le président du parti, le président Stéphane Kipré puisse rentrer rapidement en Côte d’Ivoire.

Une idée de sa date de retour ?

Je lui rendrai compte de ma mission, dès qu’elle s’achèvera. C’est en fonction du retour que je lui ferai, que s’organisera son arrivée en Côte d’ivoire. Pour le moment, souffrez qu’on ne puisse vous donner une date exacte.

Steve Beko, l’un des grands activistes sur les réseaux sociaux rentre dans son pays, il n’est pas inquiété, cela ameute l’opinion sur la toile…

Je vais bien et je me réjouis qu’on ne m’inquiète pas. Cela prouve que les mentalités évoluent. Et que les gens commencent à comprendre que la pluralité des opinions politiques est un avantage pour le développement du pays. Cela dit, je me réjouis, je serai d’ailleurs le dernier à me plaindre que tout se passe bien et j’espère que les choses continueront ainsi.

Le pays vous a-t-il manqué ?

Évidemment. Pas seulement le pays. La famille, les amis, toute cette chaleur africaine qu’on peut rencontrer dans les rues, des amis avec qui l’on peut s’asseoir bavarder des heures. Mais en même temps, je regrette que pendant ces dix années, il n’y ait pas eu une véritable avancée sur le plan démocratique, sur le plan des libertés individuelles. Parce qu’une nation se construit avec la liberté : la liberté d’expression, la liberté d’opinion et la liberté de manifestations.

C’est-à-dire ?

Vous voyez la situation actuelle. Nous avons encore certains des nôtres qui sont encore en prison. Beaucoup sont encore en exil et je pense qu’il est temps que le pouvoir prenne des mesures fortes, pour que soient libérés les autres prisonniers. Je pense notamment aux militaires de la crise postélectorale, le général Dogbo Blé, le commandant Abéhi et le Capitaine séka séka. Je pense à madame Pulchérie Gbalet qui a été arrêtée tout récemment. Je pense à mon ami Koua Justin. Je pense que si nous sommes dans une dynamique de réconciliation, il faut prendre des mesures fortes, pour libérer tous ces prisonniers.

Le régime a commencé à libérer certains prisonniers…

Tant mieux alors. Mais il faut continuer sur cette dynamique et aller plus vite à la libération de tous ces prisonniers politiques.

Pourquoi plus vite ?

Parce que des Ivoiriens manquent à leurs frères et sœurs, parce que des pères et mères de familles manquent à leurs enfants, des époux et épouses manquent à leurs conjoints (tes), depuis 10 ans. Parce qu’il faut que la Côte d’Ivoire soit absolument réconciliée. Parce qu’il ne faut pas faire passer ses intérêts personnels avant ceux des autres et (qu’il faut plutôt, ndlr) penser uniquement Côte d’Ivoire. Il ne faut pas faire des calculs politiques sur le dos de la Côte d’Ivoire.

Aviez-vous eu des appréhensions avant de venir en Côte d’Ivoire ?

Bien sûr, on a toujours des appréhensions surtout après un long moment d’absence sur le territoire. Vous savez, c’est un peu comme un rendez-vous galant. On se prépare pour séduire sa belle à qui on a donné rendez-vous. On a la crainte d’être rejeté, de ne pas être au goût de la bien aimée etc… Je m’attendais à un rendez-vous galant avec la Côte d’Ivoire. Et je me suis préparé pour ce moment, pendant 10 ans. Heureusement, je suis arrivé et je ne suis pas déçu car la Côte d’Ivoire est à la hauteur mes attentes.

Il se raconte que vous avez rencontré le ministre Hamed Bakayoko ?

Non, ce n’est pas vrai. Vous savez, les gens racontent beaucoup de choses. Mais je l’aurais rencontré, que je ne l’aurais pas caché non plus. Parce que je ne vois pas l’intérêt de rencontrer les membres du pouvoir et de le cacher. La preuve, plusieurs responsables de l’opposition le rencontrent. Le ministre Guikahué (secrétaire exécutif du Pdci-Rda, ndlr) l’a rencontré récemment. Avant lui, Assoa Adou et le ministre Dano Djédjé (ndlr, respectivement secrétaire général et vice-président du FPI) l’ont rencontré. Alors si je l’avais rencontré comme il se murmure, pourquoi l’aurais-je caché ?

Pourtant, il n’y a pas de fumée sans feu ?

Ah si, voici un exemple parfait qu’il peut bien y avoir de fumée sans feu. Peut-être que je rencontrerai le ministre Hamed Bakayoko mais pour l’heure, ce n’est pas le Cas. Ce n’est pas dans mon agenda.

Steve Beko, c’est aussi à un moment donné, l’organisateur des manifestations sur La Haye, aux Pays-Bas à la Cpi ; vous, en tant que jeune activiste, comment avez-vous réussi cette mission ?

Vous savez, quand nous sommes arrivés en Europe, nous avons compris que beaucoup n’étaient pas informés de la situation sociopolitique en Côte d’Ivoire. Ils ne savaient pas ce que nous savions, parce que nous avons l’avantage d’être témoins de tous ce qui a pu se passer en Côte d’Ivoire. Et donc conformément à ce que nous a appris notre leader qui est le Président Laurent Gbagbo, il fallait user des moyens démocratiques, pour faire éclater la vérité. C’est ainsi que nous avons décidé d’agir. C’est vrai qu’on me voit parce que je suis au-devant des choses mais derrière, c’est tout une organisation que nous avons mise en place avec plusieurs camarades. Quand on parle des voyages à La Haye, il y a des femmes qui laissent leurs enfants à bas âge, pour aller manifester, des jeunes qui prennent des Rtt, c’est à dire des journées sans solde, pour aller manifester. C’est dire que pour nous, c’était très important de réhabiliter le Président Laurent Gbagbo que d’aucuns ont voulu faire passer, pour un dictateur. Il était important qu’il soit réhabilité juridiquement et aujourd’hui, nous sommes satisfaits parce que nos manifestations ont participé à faire éclater la vérité. Elles ont participé à faire savoir que l’image qu’ils ont du Président Laurent Gbagbo n’est pas la bonne, n’est pas la vraie. C’est à mettre à l’actif non pas de ma modeste personne, mais de tous ces hommes, toutes ces femmes, tous ces jeunes qui ont sacrifié de leur temps, pour que

Comment êtes-vous arrivé à fédérer autour de cette cause toutes ces personnes ?  Vous savez, nous on n’a pas eu besoin de les convaincre. Il s’agit de Laurent Gbagbo. Il fallait juste mettre en place une organisation sérieuse. Les gens étaient déjà convaincus parce qu’ils connaissent le combat du Président Laurent Gbagbo. Ils connaissent son amour, pour la Côte d’Ivoire. Ils savent qu’il est innocent. Notre rôle était tout simplement de mettre en place une organisation sérieuse. Et je pense que nous l’avons réussi avec brio.

Pensez-vous au départ, que le combat allait porter ?

Vous savez les combats qui ne portent pas sont les combats qui ne sont pas menés… Donc dès lors qu’on mène le combat, il y a au moins, une chance qu’il aboutisse. On ne peut pas refuser de mener le combat sous prétexte qu’il n’y aucune chance qu’il aboutisse. Le Président Laurent Gbagbo ce n’est pas la première fois qu’il part en prison d’ailleurs. C’est la sixième fois si j’ai bonne mémoire. Il a toujours été libéré, il a toujours été innocenté.

Étant donné que nous avons compris que le procès n’était pas que juridique mais il y avait aussi le volet politique, il fallait que nous qui avons en horreur la prise des armes, pour revendiquer, prenions nos responsabilités à travers la mobilisation exceptionnelle de nos frères et sœurs. Aujourd’hui, les faits nous ont donné raison la Cpi (Cour pénale internationale, ndlr) qui voulait condamner le Président Laurent Gbagbo l’a relaxé. Il a été acquitté.

Le procès en appel ?

Justement, c’est pour tout ça, nous disons que le procès n’est pas que juridique, il y a le volet politique. Je ne crois pas qu’il y aura de procès en appel en toute honnêteté. Je ne pense pas que ni Fatou Bensouda ni le procureur Karim qui l’a remplacée, ont intérêt que le procès se poursuivre. Je tiens à rappeler que le Président Laurent Gbagbo a été acquitté sans qu’il n’ait eu besoin de faire intervenir ses témoins. Il n’y a que le procureur qui a abattu ses cartes et même en l’ayant fait, elle n’a pas réussi à convaincre les juges. Donc par quel mécanisme elle arrivera à convaincre les juges après interventions des témoins du Président Laurent Gbagbo. Au contraire, je pense que ce sera encore plus accablant et que le complot sera plus flagrant. Je pense que la Cpi joue de sa crédibilité ici.

Comment ?

Il y a eu 82 témoins du procureur qui sont succédé à la barre. Je ne vous parle même pas de la qualité de leurs témoignages. Car au fur et à mesure qu’ils passaient, la Cpi se couvrait de ridicule. Parce qu’on se demandait comment elle a pu se servir de ce type de témoignages, pour confirmer les charges. On a eu à échanger avec plusieurs journalistes européens qui se demandaient comment le dossier a été monté. Parce que la faiblesse du dossier était claire aux yeux de tout le monde. De vous à moi, comment la Cpi aurait pu s’en sortir avec les critiques qui fusaient de toute part à cause du ridicule de la situation surtout quand on sait aujourd’hui, qu’elle est en ballotage défavorable dans l’opinion publique africaine. La Cpi s’est sauvée en acquittant le Président Laurent Gbagbo et c’est tant mieux pour elle.

Une anecdote sur vos manifestations… Il y en a plein. Lorsqu’il y a manifestation sur La Haye, il faut faire venir des gens d’un peu partout. Généralement, on quitte Paris, à 6h et on reprend la route tard pour arriver à Paris, à minuit. Il y a des jours où on est arrivé à Paris et il n’y avait plus de métro, pour que les gens rentrent chez eux. On est obligé de faire le taxi afin de déposer chacun chez lui. Je pense également à la fois où on est allé à La Haye avec des personnes handicapées, qui voulaient absolument manifester ; on est allé à la Cpi avec des gens qu’on ne connaissait pas : des Cap Verdiens, des Comoriens, des Bangladesh, des gens de diverses horizons. Vous savez, quand les gens nous voyaient manifester ils se disaient que tout était facile. Ce qui n’était pas le cas. La police hollandaise est l’une des polices les plus violentes en Europe. Il est arrivé que certains de nos amis se fassent tabasser, pour avoir uriné dans un endroit où il ne fallait pas. Mais tout ça, nous avons pu gérer. On arrivait à contenir ces dispersions. Vous savez, moi, je suis admiratif des efforts des dames du troisième âge qui voulaient vaille que vaille participer aux manifestations avec nous. Elles venaient avec leurs tabourets, leurs chaises et nous étions tous devant la Cpi, dans l’espoir d’apercevoir le président Laurent Gbagbo. Tout le monde ne peut avoir accès à la salle d’audience. On a des tickets qui bien évidemment, ne sont pas en nombre suffisant. Donc il faut choisir et c’est un déchirement pas possible. Parce qu’à chaque fois, choisir c’est forcément frustrer quelqu’un quelque part. Quand on a 40 places et qu’on est venu avec plus de 1000 personnes, c’est vraiment difficile. Moi, j’offrais toujours ma place afin que d’autres puissent avoir accès à la salle d’audience. Cela dit, je pense qu’il est temps de rendre un hommage mérité à toutes ces personnes qui ont battu le pavé, pendant ces 10 ans.

D’aucuns disent que si Gbagbo a été acquitté, il le doit à la mobilisation de la diaspora ?

Je dirais que si Laurent Gbagbo a été acquitté, il le doit d’abord à son innocence. Parce qu’on aurait pu se mobiliser pendant des années mais s’il avait commis les actes qui lui sont reprochés il serait condamné. Donc le premier avocat de Gbagbo, c’est d’abord son parcours, après ce que nous avons fait, c’est de contribuer à mettre en lumière son innocence. On ne peut pas se prévaloir d’être les acteurs clés de sa libération. Il est acquitté d’abord parce qu’il est innocent. Parce que le bureau n’a pas pu convaincre de sa culpabilité.

Son retour ?

Je pense que cela ne devrait pas tarder. Il faut que les uns et les autres, le pouvoir y compris, comprennent que, il est temps que le Président Laurent Gbagbo rentre chez lui. Parce que tant que le Président est hors de la Côte d’ivoire malgré son innocence, son acquittement, c’est l’image de la Côte d’ivoire qui est écorchée. Il faut que le pouvoir s’inscrive véritablement dans une dynamique de réconciliation vraie.

Aujourd’hui, les exilés ont décidé de rentrer vos impressions ?

La mission que nous nous étions assignés en étant en exil qui était de faire que le Président Laurent Gbagbo soit libéré a été effectuée avec succès ; il n’y a donc pas de raison que tous autant que nous sommes, ne pensions à retrouver notre pays, la Côte d’Ivoire. Quand on décide de rentrer Côte d’Ivoire, c’est d’abord par devoir vis-à-vis de son pays. On se dit qu’on a quelque chose à apporter. Je me réjouis que tous les aînés : le ministre Katinan, le grand frère Damana Pickass et autres puissent rentrer. J’encourage le pouvoir Ouattara à jouer la carte de la décrispation politique. Il faut dialoguer parce que ceux qui sont forts aujourd’hui, ne seront peut-être pas forts demain. Donc, pourquoi vouloir perpétuer le cycle de la vengeance ? si on ne décrispe pas l’atmosphère aujourd’hui on ira de violences en violences et ce n’est pas bon pour le pays. Il y a eu des morts avant la présidentielle, aujourd’hui, on est à l’orée des législatives, il faut agir pour ne pas que les vieux démons ressurgissent. Acceptons de faire des compromis de part et d’autre. Car nous n’allons pas passer toute notre vie en Côte d’Ivoire à observer des minutes de silence.

Votre intégration ?

Nous pensons que nous avons l’intelligence nécessaire, pour travailler à notre intégration. C’est dommage que les domiciles qui ont été pillés n’aient pas été réhabilités mais cela ne saurait être un frein à notre retour. On assumera les charges et le poids que nous impose notre combat politique. Nous n’avons pas de crainte particulière. Nous saurons le moment venu, mettre à contribution nos compétences.

Le rattrapage ethnique ?

Je suis de ceux-là qui estiment qu’il n’y a pas de rattrapage ethnique mais plutôt un rattrapage clanique. si on parle de rattrapage ethnique cela consisterait à faire croire que tous ceux qui sont originaires du nord aujourd’hui, vivent mieux en Côte d’ivoire. Ce qui n’est pas le cas. On a vu tout récemment, au nord des écoles faites de paillotes, des femmes qui meurent encore en couche faute de moyens techniques adéquats dans les hôpitaux, les taux d’analphabétisme sont encore plus élevés au nord aujourd’hui. Je pense qu’il y a un clan, qui s’enrichit et fait croire qu’il est au service d’une ethnie, pour maintenir les gens, dans la servitude. Il y a le clan Ouattara et son pouvoir qui jouissent du pouvoir et ses avantages.

Un mot sur les législatives…

Je suis de ceux-là qui pensent en toute honnêteté, qu’on n’aurait pas dû y aller.

Pourquoi ?

On fait l’économie de s’asseoir, pour faire le bilan. Je pense qu’après l’épisode de la présidentielle, il aurait fallu s’asseoir, pour faire le bilan de ce qui s’est passé. Il y a eu des morts. Est-ce qu’on est allé voir les familles, est-ce qu’on a rendu hommage à ces derniers, est-ce qu’on a tiré les leçons ? Ça c’est vraiment mon âme de frère, de père qui parle. Après, c’est un challenge politique, une autre manche politique et l’opposition doit gagner cette manche. Ne serait-ce que, pour créer un contrepoids à l’Assemblée nationale. Parce que la démocratie se nourrit de contradictions. s’il n’y a plus de contradictions, on est dans l’autocratie. Permettre à l’opposition d’être à l’Assemblée nationale c’est lui permettre d’être un contre poids, c’est lui permettre de surveiller l’action gouvernementale parce que c’est ça, l’objectif de l’Assemblée nationale.

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